La “Mémé”, Lucien Kroll, Louvain en Woluwe

“L’architecture n’est pas une marchandise, un narcissisme personnel ou collectif. Elle est un lien empathique entre les humains”. Lucien Kroll

En matière d’habitat participatif, on ne peut passer à côté du travail du couple belge composé de Simone et Lucien Kroll. Elle, paysagiste, jardinière et potière; lui, architecte urbaniste. Depuis les années 1960, ils ont développé une autre façon de concevoir l’architecture. En opposition à l’architecture moderne rationnelle et radicale, ils défendent une architecture respectueuse de son contexte et de ses habitants. Ces derniers sont considérés comme des éléments indispensables à la réalisation de tout projet.

© Atelier Lucien Kroll ©ADAGP, Paris, 2015

Contexte

En 1968, un mouvement de contestation d’étudiants en médecine s’oppose au plan d’ensemble de leur futur campus à Woluwe-Saint-Lambert, à 15km de Bruxelles. Ils tiennent à choisir eux-même l’architecte, et se tournent alors vers Lucien Kroll. Le projet de « la Mémé », maison médicale des étudiants en médecine est construite entre 1970 et 1972. Bien que réalisé partiellement, ce projet a fait connaître Lucien Kroll.

Acteurs

C’est avec les étudiants que Lucien Kroll a pensé et réalisé ce projet. Chaque étudiant avait son mot à dire. Selon Kroll, c’est l’ensemble des individualités qui permet la diversité et la qualité.

Les artisans ont également participé à cette diversité. Lucien Kroll leur a donné beaucoup de libertés en phase chantier. Il a, par exemple, demandé à un maçon de réaliser des sculptures. Ce dernier s’est alors représenté, lui et sa femme, avec des parpaings et des briques sur plusieurs mètres de haut.

Construction et Esthétique

La modularité est importante dans le travail de Kroll. Excepté les murs porteurs et les pièces d’eau, toutes les cloisons de « la Mémé » peuvent être démontées et déplacées. Certaines sont sur rail, ce qui permet de rapidement modifier les intérieurs. On peut ainsi rapidement changer les espaces et se les appropriés.

Pour le dessin de la façade, le procédé est original. Kroll a simplement tiré au sort les panneaux de murs rideaux. La façade est alors une composition aléatoire de couleurs et matières variées. L’esthétique de « la Mémé » sort de toute convenance avec sa forme globale irrégulière et disproportionnée.

Bien que ce projet fût beaucoup critiqué parfois même qualifié de « bidonville », il s’agit indéniablement d’un manifeste en matière de construction participative. C’est avec les étudiants que Lucien Kroll a pu créer un espace de travail, de détente et de communion singulier.