Tour d’horizon : Jobbing, économie collaborative, micro-entrepreneurs

 

A l’heure où la ville ne s’imagine plus sans les chauffeurs uber ou les coursiers foodora, c’est sans consensus ni réflexion que l’économie collaborative et les plateformes parallèles qui connectent les citoyens devenus de (presque) auto-entrepreneurs se développent en tant que géants de l’économie urbaine. Si cette démarche a pour vertu de créer de l’activité en période de ralentissement économique et d’offrir des services bon marché, elle cache souvent un système basé sur des zones d’ombres légales et des conditions de travail faisant peu honneur aux avancées sociales durement obtenues dans notre pays.

Fort de l’observation de cette économie parallèle, c’est maintenant l’occasion de créer des systèmes collaboratifs pour les citoyens et par les citoyens.

Concentrons-nous sur les petites tâches et les services à la personne pour un tour d’horizon, entre start-up internationale et association de quartier.

Les géants de l’internet

Une plateforme mettant les gens en relation peut se révéler très lucrative, la plupart du temps grâce à des commissions confortables sur les travaux. En France, on connaît  Stootie, une plateforme internet dédiée aux petits boulots entre personnes. Avec certes un million d’utilisateurs et 1000 demandes de services par jour, cela reste un petit poucet comparé à la startup américaine TaskRabbit, récemment achetée par IKEA et qui pèse des millions.

Des milliers de tâches sont réalisées à travers ces plateformes, qui se basent sur la demande, mais elles sont malheureusement devenues pour certaines personnes un moyen de subsister à plein temps, un emploi parallèle avec peu de sécurité et de garanties sociales. De plus, grâce au statut opaque du lien de dépendance économique, différent d’un vrai emploi, la personne réalisant les tâches est effectivement soumise aux moindres caprices de la plateforme sous peine d’en être exclue.

Les réseaux sociaux

Ces plateformes sont des réseaux très utilisés et bien connus des Français : ils se nomment LeBonCoin ou encore AllosVoisins. Si ces sites internet nationaux ne sont pas forcément conçus pour rapprocher demandeur et offreur de services, ils se sont imposés comme tels, forts de leur communauté de plusieurs millions d’utilisateurs et de leur simplicité. En effet, ces sites se contentent de simplement mettre en relation les personnes, que ce soit par l’offre ou par la demande.

Il y a donc en France une très grosse demande de ce genre de plateforme, le marché existe, et les solutions, qu’elles se veulent collaboratives ou non, lucratives ou non, peuvent toujours compter sur des communautés d’utilisateurs imposantes.

Si beaucoup de personnes préfèrent utiliser LeBonCoin plutôt qu’une application dédiée, c’est parce qu’une personne peut proposer un service comme en demander un, de façon flexible sur le prix, l’heure, les modalités … Tout est négociable directement entre les deux parties concernées, la plateforme se contentant d’un modeste travail de modération.

Initiative de proximité : Lulu dans ma rue

Inscrire un projet dans un territoire, c’est d’abord lui assurer une identité, un charme, et une confiance; c’est dialoguer directement avec les habitants de ce territoire. C’est également la voie logique pour ceux qui veulent développer des plateformes qui ne cherchent pas la rentabilité à tout prix, mais qui veulent remettre le citoyen au centre du projet qui lui est destiné.

De nombreuses initiatives ont vu le jour dans différentes villes. On peut notamment citer Emmaüs Connect, qui via des permanences numériques et des actions au sein de territoires restreints, a pour objectif de diminuer les inégalités numériques. Mais restons dans le thème en vous présentant une autre initiative très attachée au territoire.

C’est pour répondre aux besoins des demandeurs que Lulu dans ma rue a vu le jour : ses créateurs ont inventé le «concierge de quartier» qui assure une mise en relation personnalisée ! En effet, ils ont imaginé un kiosque urbain doublé d’une plate-forme en ligne pour mettre en relation des habitants à la recherche de compétences et des “Lulus”, auto-entrepreneurs proposant leurs services.

Lulu dans ma rue fonctionne en 3 étapes. Il faut d’abord les contacter : 3 choix s’offrent à nous. Soit nous passons par leur site internet, soit par téléphone, soit en se rendant directement au kiosque. Ensuite, un concierge nous met en relation avec son réseau de lulus, c’est-à-dire des personnes de confiance prêtes à nous venir en aide, disponibles et dans notre quartier. Ces personnes réalisent alors la prestation. Elles sont 100% assurées, déclarées et motivées. Nous les payons directement et il est possible de réduire de ce prix 50% de notre crédit d’impôt.

L’association a dressé un premier bilan à l’automne 2015. Elle a bénéficié d’une étude pour mesurer l’impact du service auprès de ses utilisateurs et bénéficiaires. En cinq mois, une quarantaine de “Lulus” avaient été référencés par l’association et quatre sur dix de ces auto-entrepreneurs gagnaient entre 550 et 1 200 € par mois. Près de 700 clients avaient recouru aux services des Lulus, soit 2000 demandes de services et 25 demandes quotidiennes.

Lulu dans ma rue, c’est donc une conciergerie qui connaît un succès important. Elle permet à des personnes éloignées du monde du travail de renouer avec une activité professionnelle. Le kiosque a été reconnu comme vecteur fort de dynamisation de la vie du quartier. Son activité économique est avérée. Les sollicitations affluent pour ouvrir des kiosques dans d’autres grandes villes de France (Brest, Bordeaux, Toulon, Lille, Grenoble…).

Lulu dans ma rue, c’est “une diversité de profils qui permet d’assurer flexibilité et variété de services, mais qui constitue aussi notre vraie richesse. Être moteur de l’activité économique, c’est sortir de l’assignation de bénéficiaires d’une entreprise sociale dans laquelle on pourrait s’enfermer. Cela permet à chacun, quelle que soit sa situation, de se sentir membre à part entière de la communauté des Lulus”, explique Charles-Edouard Vincent, le fondateur.

Les plateformes basées sur la mise en contact d’auto-entrepreneurs ne doivent pas rester réservées à une économie parallèle qui engendre plus de problèmes qu’elle n’en résout. Il est temps de se réapproprier les interactions et la mise en relation entre citoyens. Nous avons besoin d’initiatives locales gérées par les mêmes personnes qui proposent ou utilisent les services. Il est également important de garantir les protections sociales des travailleurs et de conserver une présence physique, ce qui est la meilleure façon de s’inscrire et de dynamiser un territoire.