EcoQuartier de Bonne, Grenoble

En 2002, la ville de Grenoble lance le projet de la ZAC de Bonne et transforme un site militaire inutilisé depuis 1994 en écoquartier. C’est le premier « écoquartier » de France à être labellisé comme tel.

  • Acteurs :

Quelques années après la fermeture de la caserne de Bonne, la ville de Grenoble a décidé de porter et piloter le projet de transformation du quartier.

Pour assurer sa réalisation, la ville a mis en place un processus participatif. En effet, en préalable de chaque prise de décision, une concertation publique a permis de recueillir la vision des habitants au travers d’ateliers d’urbanisme.

Le projet a débuté en 2002 et s’est organisé, dès le départ, en étroite collaboration entre tous les intervenants : urbanistes, constructeurs, syndicats et associations de quartier sans oublier les Grenoblois.

Parmi ces intervenants, on compte la Société Publique Locale d’Aménagement (SAGES SPL), une équipe de maîtrise d’œuvre avec l’Atelier Jacqueline Osty & associés (Paysagiste), Concepto (Conception lumière) et ICC (Suivi de chantier) mais également des entreprises : Eurovia (VRD), Sports et Paysages, ISS Espaces Verts, etc…

 

  • Usages :

Le projet de Bonne visait à transformer le site militaire inutilisé en écoquartier, intégrant 850 logements dont 435 neufs, des nouveaux magasins, des bureaux etc… L’objectif étant de dessiner un nouveau quartier proche du centre-ville, en y introduisant une multitude d’activités et un parc urbain. Il fallait raccrocher ce quartier au reste de la ville, favoriser l’accessibilité aux habitants, créer une dynamique économique locale, de la mixité sociale, conserver l’histoire des lieux, ce tout devant être adopté par les opérateurs.

 

  • Esthétique :

Le quartier de Bonne est devenu un écoquartier par le biais de la construction mais aussi de la rénovation, il y avait une volonté de conserver l’histoire des lieux, notamment avec l’ancienne caserne. L’espace de 8,5 hectares (dont environ 5 ha de parc) est donc à la fois moderne et traditionnel. Il comprend 850 logements dont 435 neufs (35% de logements locatifs sociaux) et 415 logements appartenant à un programme de réhabilitation. 15 000 m² sont dédiés aux activités de commerces, loisirs et services et 30 nouveaux magasins ont vu le jour. 6000 m2 de bureaux et un hôtel 4 étoiles complètent l’ensemble.

 

 

 

 

 

 

 

  • Technologique :

Bonne a connu divers changements en vue de devenir un écoquartier : des logements ont été rénovés et réhabilités, de nouvelles constructions respectueuses de l’environnement ont été construites et de nombreuses techniques furent appliquées telles que :

Puits d’infiltration:

Une trentaine d’unités, équipés d’un système de décantation et d’un système siphoïde ont été répartis sur 3 zones du parc permettant d’infiltrer les eaux pluviales de l’espace public.

Tranchées drainantes et infiltrantes

Au Nord Est, un terrain de jeu sert également de zone de collecte d’eau via une couche drainante de 10 cm installée sous le gazon. Elle permet d’acheminer les eaux pluviales de l’espace public vers les puits d’infiltration.

Toitures stockantes végétalisées

Concernant les bâtiments, les eaux pluviales de toitures des îlots publics sont gérées grâce à des toitures végétalisées, raccordées à une tranchée d’infiltration (notamment sur le pôle commercial) ou aux puits d’infiltration. Quatre îlots privés sont également équipés de ces systèmes, raccordés à des bassins d’infiltration enterrés situés au cœur de chaque îlot.

Bassins de stockage et d’infiltration

Enfin, le parc dispose de bassins d’ornementation alimentés par les eaux de la nappe phréatique toute proche. Celles-ci devant être dépolluées avant mise à l’air libre, un système d’oxygénation a été installé. Ces bassins servent de réserve pour l’arrosage des espaces verts, évitant l’utilisation de l’eau potable, et leur trop plein est raccordé aux puits d’infiltration.

 

  • Gestion et Economie :

La gestion économique du projet a été gérée par la ville de Grenoble.  Les travaux de rénovation se sont élevés à 6,6 millions d’euros et 39 millions d’euros ont été consacrés aux nouvelles constructions (dont 21 pour le seul poste « aménagement urbain »). La commercialisation des charges foncières a permis de financer une grande partie de l’aménagement du parc urbain estimé à 6,7 millions d’euros ainsi que les autres espaces publics. L’engagement financier net pour la collectivité et les grenoblois n’a pas dépassé 2 millions d’euros.

 

  • Réglementaire & normatif :

Le quartier de Bonne a été labellisé « écoquartier » en 2013, et il s’agit du premier en France. Aucune norme spécifique ne s’applique pour permettre à ces quartiers d’évoluer. Un « écoquartier » doit tout de même répondre à quatre critères : l’universalité, la diversité, l’innovation et l’opérationnalisation.

 

Points positifs :

On peut retenir quelques éléments positifs du projet :

Le processus participatif du projet semble avoir été fructueux. Le patrimoine fut conservé et la composition urbaine est aujourd’hui intéressante, une réelle mixité sociale est présente dans le quartier et d’un point de vue environnemental, les résultats sont probants et sans doute perfectibles, mais on observe une gestion maitrisée des eaux pluviales et de la nappe phréatique, ainsi qu’un traitement des déchets efficace (y compris ceux générés pendant le chantier).

 

Pistes d’amélioration :

Il y a tout de même des points qui pourraient être améliorés :

Des objectifs n’ont pas été atteints : il a été constaté une surconsommation de chauffage de 5 % à 70 % supérieurs à l’objectif assigné de 42,5 kWh/m2/an, la mésestimation des besoins globaux pouvant atteindre jusqu’à 30 % en fonction des bâtiments, notamment au niveau de l’eau chaude sanitaire et des services généraux. Mais les objectifs n’ont pas été jugés trop ambitieux, et les habitants n’auraient pas été suffisamment informés quant aux pratiques éco-responsables permettant de consommer moins d’énergie.

Il aurait été intéressant de raccorder les eaux des chaussées à l’infiltration et non au réseau d’assainissement unitaire de la ville. La manière de favoriser la biodiversité sur le quartier et son intégration dans la trame verte de la ville n’ont pas été exploités au maximum et l’utilisation de la voiture y est toujours très courante.

 

  • Conclusion :  Le premier écoquartier est parti de la volonté d’utiliser des techniques assurant la sauvegarde de la nappe phréatique située sous Bonne. Avec une dynamique sociale et environnementale, il n’a pas répondu à tous les objectifs qu’il s’était fixé -notamment au niveau de la consommation d’énergie de ses habitants – mais il tient la majorité de ses promesses et montre la voie aux projets futurs devant ces pistes d’amélioration.

 

Marie Goffart

 

Sources :

http://www.caue-isere.org/operations-exemplaires/le-parc-de-lecoquartier-de-bonne-grenoble/

http://www.graie.org/graie/BaseDonneesTA/9_38_Grenoble_Bonne.pdf

http://observatoire.pcet-ademe.fr/action/fiche/36/amenagement-de-la-zac-de-bonne